« Je suis avocat, et voici 5 conseils pour une juste indemnisation après un accident de la route »
Par Nicolas Bastuck
Publié le 18/11/2025
Obtenir une juste indemnisation relève souvent du parcours du combattant pour les victimes d’accident de la circulation. Spécialisé en droit du dommage corporel, Me Michel Benezra livre ses recommandations.
Un accident de la circulation peut faire basculer une vie. Après le choc, physique et psychologique, un autre combat attend les victimes : celui de l’indemnisation. Accès au droit et aux informations, négociations avec les assureurs, reconnaissance des dommages… un parcours du combattant pour les victimes qui, parce qu’elles s’en remettent à leur seul assureur, se privent bien souvent de droits essentiels et des indemnisations complémentaires auxquelles elles pourraient avoir droit.
Avocat en droit routier et spécialiste du dommage corporel, Me Michel Benezra accompagne depuis vingt ans les victimes de la route. Voici ses cinq conseils clés pour obtenir une réparation juste.
1. Ne pas se fier à sa compagnie d’assurance
La loi Badinter de 1985 – « tendant à l’amélioration de la situation des victimes d’accidents de la circulation et à l’accélération des procédures d’indemnisation », selon son intitulé – impose à l’assureur d’accompagner la victime et de lui présenter une offre d’indemnisation. En réalité, des conventions entre compagnies (IRCA pour le dommage corporel, IRSA pour le dommage matériel) conduisent bien souvent à ce que ce soit la propre assurance de la victime qui l’indemnise, même si elle n’est pas responsable de l’accident.
Dès lors, l’assureur se retrouve juge et partie – il « négocie », alors qu’il est celui qui doit payer.
« Dès qu’un sinistre survient, ne perdez pas de vue que votre assurance n’est pas un allié mais un adversaire, au sens juridique du terme », met en garde Michel Benezra.
Méfiance, donc : ne jamais prendre pour argent comptant la proposition de sa compagnie.
2. Se faire assister d’un médecin conseil indépendant
Une victime ne devrait jamais aller seule à une expertise médicale organisée par la compagnie adverse ou par sa propre assurance. Un médecin conseil indépendant, mandaté par la victime ou son avocat (et non par l’assureur), garantit une évaluation objective des séquelles, physiques et/ou psychologiques. Sans cela, de nombreux préjudices restent invisibles ou sous-estimés.
> « Le médecin de la compagnie d’assurance agit en qualité d’expert. Il évalue mais ne soigne pas un patient », prévient Me Michel Benezra.
3. Documenter chaque préjudice
Il faut conserver et rassembler tous les justificatifs : arrêts de travail, frais médicaux, aides humaines apportées, aménagements du logement ou du véhicule… Chaque dépense – ou perte de revenus – peut entrer dans le calcul de l’indemnisation, selon la nomenclature Dintilhac : pertes de gains, souffrances endurées, préjudice d’agrément (perte de plaisir ou impossibilité pour la victime de pratiquer ses activités de loisirs), préjudice économique des proches… Parfois, même sans justificatif, un préjudice peut être indemnisé ; c’est notamment le cas de l’aide apportée par une tierce personne.
« Celui qui gagne un procès est celui qui apporte le plus de preuves », résume Me Benezra.
4. Ne pas céder à la précipitation
L’assurance proposera rapidement à la victime une somme destinée à « solder le dossier » ou, parfois, à titre de « provision ». Or, calculer une indemnisation intégrale demande du temps. Il faut notamment attendre la « consolidation médicale », le moment où les séquelles deviennent « permanentes ». Chaque préjudice demande à être fixé, évalué et indemnisé intégralement.
« Celui qui doit faire des concessions, s’il veut transiger, c’est l’assureur, jamais la victime. Accepter trop tôt une proposition, c’est prendre le risque de brader ses droits. »
5. Consulter un avocat spécialisé
La négociation, face aux assureurs, ne se fait jamais à armes égales. Un avocat en droit du dommage corporel maîtrise les mécanismes de la loi Badinter, les barèmes, la jurisprudence et les stratégies de négociation. Son rôle est de transformer les blessures et les pertes de la victime en préjudices indemnisables. Si nécessaire, il pourra porter le dossier devant le juge.
> « Le bon avocat, c’est celui qui parvient à faire patienter son client et à faire céder l’assurance », considère Me Michel Benezra.
« Ne pas se fier aveuglément à son assureur est le premier réflexe à avoir », insiste-t-il.
« L’indemnisation d’une victime n’est jamais un cadeau : c’est un combat technique, médical et juridique. Avec de la méthode, une offre de preuves complète, des expertises médicales indépendantes et l’appui d’un avocat, chaque victime peut espérer une indemnisation juste, la réparation intégrale d’un préjudice. »